Retour sur les premiers mois mouvementés d'une professeur des écoles stagiaire

Qu'on se le dise, la vie d'une professeur des écoles stagiaire n'est pas de tout repos.
Car, oui, depuis septembre, j'ai troqué mon tablier de vendeuse contre une blouse d'enseignante. L'année 2015-2016 fut intense en terme de travail à abattre pour le concours du CRPE. L'année 2016-2017 ne s'annonce pas plus facile...

Ma première période fut donc mouvementée, avec des hauts et surtout des bas....Catapultée dans une classe de CE2 en RRS (réseau réussite scolaire), pour faire plus simple : en ZEP.
On m'avait prévenue lors de ma première visite de l'école : "On a que 20 élèves par classe mais c'est suffisant vu les profils..." On s'imagine alors révolutionnant le monde de l'éducation, faisant sortir les élèves de leur difficultés, utilisant telle ou telle pédagogie...
Force fut de constater que j'étais dans l'erreur...

Sur 20 élèves : un maintenu (comprendre redoublant) qui a décidé qu'il serait encore en CE2 l'an prochain, un CLIS, une élève à haut potentiel (comprendre précoce), quelques enfant-rois qui refusent toutes formes autorités et qui n'hésitent pas à se rouler par terre en hurlant quand on les contrarie, d'autres qui ont tellement de problèmes personnels qu'ils n'arrivent pas à se concentrer...au final, il ne reste pas beaucoup d'élèves classiques...
Quelle idée de confronter des professeurs des écoles stagiaires, des débutants, des bébés profs à des élèves si atypiques...Oui, on y sera tous confronter un jour. Mais pour débuter, c'est violent !

Alors on sert les dents et les fesses et on y va ! On y croit, il y a quelques choses à en tirer. Si je survis à ça, je survivrai à tout !
Mais voilà, je n'ai pas survécu...J'ai perdu 6kg en sept semaines (plus efficace que la bonne vieille gastro), je pleurais tous les soirs, je ne dormais plus. Bref, j'étais en dépression.
Lors de la deuxième visite de mon tuteur, j'ai pleuré, incapable de d'arrêter ce flot de larmes, de reprendre ma classe, cette classe qui me fait vivre l'enfer sur terre...
Une seule chose me venait à l'esprit : la démission. La fuite semblait la seule option.


Partir loin, les laisser dans leurs problèmes. Les abandonner et les oublier.
Les vacances étaient là, à portée de main. Tenir était impossible. Mon médecin accepta de me faire un arrêt pour les deux jours qui restaient.
Après une semaine de repos, j'en étais arrivée à la conclusion que je n'avais pas le choix : je devais y retourner. Même avec la boule au ventre, les tremblements et les angoisses. Alors, j'ai pris mon courage. J'ai allumé mon ordinateur et j'ai préparé ma rentrée, les séquences et séances, des maths, du français, de l'anglais...
La rentrée arriva. Le stress était toujours présent plus prégnant que jamais.

La toute première semaine de Novembre fini de m'achever : je ne peux pas. Ma santé avant tout. J'arrête à la fin de la période, le temps d'écrire ma lettre de démission et de me retourner, de trouver un autre emploi.
La deuxième semaine commença comme la première jusqu'au lundi 8h10 :

"Prend tes affaires, tu changes d'école. Je t’emmène en maternelle dans une autre école."
Parole salvatrice de mon directeur.
Nous avons tous été surpris de cette décision émanant des hautes sphères, personne de prévenu avant lundi 8h. Un seul mot m'est venu :

Champagne !! 


Me voici donc maitresse en moyenne section depuis lundi dernier. 
30 bébés élèves pour une bébé prof. 
30 petits élèves sans problèmes (ou presque). 
30 bambins pendus à mes lèvres quand je lis une histoire.
A moi maintenant de tenir le cap. Une deuxième chance m'a été offerte, je l'ai prise avec joie. Je revis, mange, dors.
Je refais des préparations de cours sans me dire "A quoi bon...ils vont tout me flinguer en 2 minutes".

Merci aux personnes qui ont vu, entendu et écouté ma détresse et qui ont fait en sorte de me donner cette seconde chance.

Merci Madame L.

6 commentaires:

  1. Très bel article ! Ca a dû être une épreuve très difficile pour toi... Heureusement, parfois le destin nous tend la main et tu as eu cette chance, profites-en ! Je te souhaite une longue vie de prof épanouie :-)

    A bientot !

    Sofhy
    www.sofhy.fr

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  2. et bien, cela a vraiment du être dur.
    Bon courage quand même avec tes bébés élèves.
    Perso, ça me déprime que l'on traite ainsi les gens motivés à enseigner...

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  3. Pas facile, lEN, pas vrai..courage!

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